La m�canographie

� 2006-2007 Jean Bellec

Parall�lement au d�veloppement des machines comptables, les besoins statistiques des agences gouvernementales, puis la comptabilit� des grandes entreprises et des administrations ont donn� le jour � une technologie n�e �  la fin du 19�me si�cle et morte dans les ann�es 1970: c'est la m�canographie. Le support d'informations g�n�ralement associ� � la m�canographie a �t� celui de la carte perfor�e.

Histoire industrielle

L'industrie mondiale de la m�canographie a �t� domin�e par un constructeur am�ricain International Business Machines, essentiellement issu de la compagnie TMC (Tabulating Machine Company) fond�e par Hermann Hollerith. La cr�ation de soci�t�s nouvelles a pu intervenir gr�ce � une non-universalit� des brevets de IBM. Cela a �t� � la source de Egli-Bull et donc de la Compagnie des Machines Bull ou � des sp�cificit�s locales comme celle de la monnaie anglaise avant sa d�cimalisation (� l'origine de l'autonomie de BTM et de Acc & Tab, auxquelles ont succ�d� les compagnies ICT et enfin ICL). Aux USA, la seule autre grande compagnie sur le march� a �t� Powers Accounting Machines, fond�e par un ing�nieur du Bureau of Census m�content du monopole de Hollerith; cette compagnie se fit plus tard acqu�rir par Remington-Rand (plus tard Sperry Univac).


Hermann Hollerith
ing�nieur cr�ateur de la Tabulating Machine Company (plus tard IBM)

James Powers
ing�nieur au Census Bureau

Fredrik Rosing Bull
ing�nieur norv�gien � l'origine de la Compagnie des Machines Bull

L'histoire de l'industrie est marqu�e par deux facteurs importants tendant � y faire na�tre des situations de presque monopoles:

Les entreprises s'investissant dans la m�canographie furent � l'origine TMC Tabulating Machine Company fond�e par Hollerith (devenant CTR puis IBM par la suite) et Powers fond�e par James Powers. Ces deux compagnies s'implant�rent en Europe plut�t � travers des soci�t�s autonomes qu'� travers de simples filiales de vente. Ces soci�t�s utilis�rent des licences am�ricaines, mais d�velopp�rent -au Royaume-Uni- des produits distincts (entre autre pour cause de non-d�cimalisation de la monnaie locale), plus ou moins d�riv�s des produits am�ricains. British Tabulating Machines (BTM) resta licenci� de IBM jusque 1949, tandis que les rapports entre Remington (ayant acquis Powers aux USA en 1927) et les licenci�s de Powers (Acc & Tab � Londres, SAMAS fond�e en 1922 en France) furent plus chaotiques. Enfin, naquit �  la fin des ann�es 1930 la Compagnie des Machines Bull en France � partir des brevets de Fredrick Rosen Bull et qui s'appuya d�s les ann�es 1930 sur les Papeteries Aussedat.

Processus m�canographiques

Le processus type des traitements m�canographiques comprenait

Les fichiers centralis�s au niveau de l'atelier se divisent en "fichiers ma�tre" -l'anc�tre de nos bases de donn�es- et "fichiers mouvements" issus des ateliers de saisie.
Le fichier ma�tre comprend les constantes (exemple: nom et adresse d'un client") et des donn�es cumul�es (ex: solde du compte). Il est index� par une "cl�" que l'on retrouvera sur le fichier mouvement, cl� qui se pr�sente en g�n�ral pour des raisons d'encombrement sur la carte sous forme d'un num�ro de compte de longueur fixe. Contrairement aux fichiers que l'on trouvera plus tard sur disques magn�tiques, l'index n'est d�fini que par sa position sur un champ r�serv� sur la carte. Il peut �tre plus efficace mais non n�cessaire de le placer dans les premi�res positions.
Le travail de l'atelier consiste � rapprocher les cartes "mouvement" du fichier "ma�tre", � faire, �ventuellement, des calculs sur le groupe de cartes (carte ma�tre + cartes "mouvements" ou "d�tail" correspondantes), puis � extraire de cet ensemble les champs destin�s � l'impression du listing (sur une ou plusieurs lignes).

La fonction de rapprochement peut dans certains cas �tre effectu�e par une trieuse, mais il est plus efficace s'il est effectu� dans une interclasseuse qui fusionne les fichiers sur une cl� index commune aux fichiers rapproch�s. Le fichier fusionn� est ensuite lu par la tabulatrice qui effectue l'op�ration d'impression et (optionnellement) de mise � jour du fichier maitre par l'interm�diaire d'une perforatrice connect�e.

En fait, les traitements m�canographiques demand�s diff�rent aussi bien entre les entreprises qu'entre les administrations. Chaque atelier m�canographique avait ses besoins propres n�cessitant une analyse nouvelle � chaque application suppl�mentaire. Beaucoup de ces sp�cificit�s pouvaient se satisfaire des mat�riels offerts par les constructeurs, au prix de la "reprogrammation" des tableaux de connexion et de la cr�ation de nouveaux tableaux. Mais souvent aussi, les contraintes de performances n�cessitaient l'assistance des sp�cialistes des constructeurs qui finissaient parfois par admettre le d�veloppement de dispositifs compl�mentaires pour augmenter la capacit�, les fonctions des tabulatrices existantes.

Applications de la m�canographie

Les besoins initiaux qui ont lanc� cette industrie ont �t� ceux des recensements de la population aux Etats-Unis d'abord, puis dans l'Empire Russe et dans les pays Ouest-Europ�ens. Le recensement consistait � l'�tablissement d'une fiche perfor�e par article (l'individu pour l'application du Census) puis le comptage du contenu de ces fiches par crit�re (rubriques contenues dans la fiche) et g�n�ralement le tri des fiches par index (rubrique d'indexation). Les fiches (cartes perfor�es) �taient archiv�es dans des meubles sp�cifiques (semble-t-il h�rit�s des meubles de classement des billets de banque -tiroirs au format des anciens billets de 1$-). Cette application a �t� initialement mise au point par l'ing�nieur am�ricain Hermann Hollerith dont la soci�t� a donn� plus tard le jour � IBM. La technologie utilis�e dans ses machines �tait �lectrom�canique:



tabulatrice Hollerith de 1890. l'introduction des cartes est manuelle
photo IBM d'apr�s le site de
Columbia University

 


trieuse Hollerith 1890


figure extraite du Brevet Hollerith de 1889

A partir de cette application de comptage, la technologie des cartes perfor�es s'est �tendue dans la premi�re moiti� du 20�me si�cle � la comptabilit�. La premi�re utilisation qui en a �t� faite par Hollerith �tait la facturation du fret ferroviaire du New York Central Railroad, d�s 1896.

Les fiches de mouvements comptables �taient elles aussi  converties en cartes perfor�es et de nouvelles fonctions ont dues �tre trait�es par les machines m�canographiques. Ce sont d'abord la capacit� d'op�rations arithm�tiques (addition puis soustraction des valeurs num�riques contenues dans un champ de la carte) puis plus tard la capacit� d'imprimer le contenu des fiches. Une extension li�e aux capacit�s d'impression, initialement introduite par Powers, a permis de coder des informations alphab�tiques sur le carte.

Cartes Perfor�es

Les types d'informations trait�es par les �quipements m�canographiques ont �volu� � partir des besoins et des fonctionnalit�s des mat�riels: Il s'agit d'abord d'informations qualitatives destin�es � la s�lection d'un attribut pour le recensement mat�rialis�s par des perforations r�parties arbitrairement sur la carte (recensement Hollerith 1890). Puis la priorit� a �t� donn�es au stockage de nombres, susceptibles d'�tre additionn�s. La technologie utilis�e, celle des roues compteurs des totalisateurs, conduisit � inscrire ces nombres sous la forme d'une perforation par chiffre sur une colonne de la carte. Les cartes �taient lues ligne par ligne et il n'y avait pas besoin d'avoir de circuits logiques complexes pour transcrire la valeur d'un champ (un groupe de colonnes) dans les positions des roues du totalisateur.
Puis le besoin s'est fait sentir de pouvoir inscrire sur la carte des nombres n�gatifs. La technologie de la lecture parall�le n�cessitait la s�lection du signe via une perforation situ�e devant la premi�re perforation de chiffre, ce qui fut adopt� par IBM (et ses concurrents) de pr�f�rence � un codage s�par� du signe et l'utilisation de deux accumulateurs.
Les tabulatrices ne poss�daient pas au d�but de fonction d'impression et l'op�rateur devait lire l'affichage des nombres accumul�s dans les totalisateurs et les reporter en manuscrit sur des feuilles de papier. Dans les ann�es 1920, les tabulatrices furent dot�es de dispositifs d'impression permettant d'�viter cette op�ration manuelle. Avec le souci de ne pas introduire de rupture technologique, cette impression fut faite sous forme parall�le avec un dispositif (roue ou barre) par position d'impression. Le positionnement de la roue reproduisait la valeur num�rique contenue dans le totalisateur et un marteau venait appuyer le papier (avec ruban encreur) sur cette roue.

Les cartes �taient lues par paquets introduits � la main par l'op�rateur. Une am�lioration importante de l'op�rabilit� fut l'invention par IBM d'un code "fin de groupe" � la fin d'un sous-fichier permettant la constitution (et �ventuellement l'impression) de sous-totaux.

Il �tait souhaitable de pouvoir imprimer d'autres caract�res que des nombres et il �tait possible d'�tendre la technologie d'impression � quarante positions ou plus. Encore fallait-il pouvoir enregistrer sur la carte des champs alphab�tiques (ou plus exactement alphanum�riques). Les solutions retenues furent de coder les caract�res alphab�tiques en se servant d'une douzi�me ligne sur la carte et en l'associant � la ligne "signe". Pour des raisons de brevetabilit�, le codage Hollerith de IBM ne fut pas retenue par Bull fragmentant le march� entre "clients IBM" et "clients Bull", les cartes de l'un n'�tant pas lisibles par l'autre au moins jusqu'aux ann�es 1960.

Les cartes perfor�es  sont longtemps rest�es au format de 82,55 x 187,35 mm


carte Hollerith recensement 1890

carte 45 colonnes 1920s

Remington-Rand carte 90 colonnes 1930s

IBM System 3 carte 96 colonnes 1970

 


carte perfor�e 80 colonnes code Bull T (1961) fabrication Aussedat

On notera que les cartes du recensement de 1890 r�partissaient les donn�es sur toute la surface de la carte et ce n'est que vers 1900 que Hollerith standardisera la carte � 12 lignes sur 45 colonnes (� trous ronds). IBM passera � la carte 80 colonnes en 1928.

En 1932, Power-Samas au Royaume Uni proposa de nouveaux formats de carte rectangulaire, toujours � trous ronds, un plus petit (21 colonnes) que le format standard � 45 colonnes, un autre avec un format allong� (avec 64 colonnes). Cependant cet essai qui segmentait le march� (Powers One, Powers Four...) et qui rejetait les anciens utilisateurs ne fut pas couronn� de succ�s.
On peut noter aussi que Hollerith/IBM a propos� sans succ�s une carte demi-format � 38 colonnes.


carte 21 colonnes de Powers-Samas
http://web.onetel.net.uk/~rodritab/index.htm

Bull, apr�s avoir fait ses d�buts sur le format 45 colonnes, �tudia entre 1961 et 1942 un format � trous carr�s � 60 colonnes (qui fut commercialis� sans trop de succ�s) et une carte � 80 colonnes ou les perforations rectangulaires IBM �taient remplac�es par deux trous carr�s. Ce dernier mod�le ne fut pas commercialis� et en 1947, Bull s'aligna sur le format IBM (toutefois avec une codification diff�rente)

Bien plus tard, IBM s'essaiera � introduire un nouveau format de cartes presque carr� et plus petit (96 caract�res cod�s en 6 bits), diminuant sensiblement l'encombrement des machines. Ce format utilis� d'abord sur le System/3 en 1969. Son succ�s fut plus que limit�.

L'utilisation des cartes perfor�es dans les ordinateurs a fait retrouver une forme d'utilisation pr�sente dans les m�tiers de Jacquard et les orgues de Barbarie: l'utilisation de toutes les positions perforables de la carte, la carte binaire qui pouvait contenir (pour la carte la plus fr�quemment r�pandue) jusqu'� 960 bits. La capacit� d'une ou quelques cartes suffisait � contenir le programme d'ordre initiaux (bootstrap) des machines avant l'invention des m�moires permanentes inalt�rables (ROM).


carte binaire

 

Les cartes perfor�es trait�es dans les machines m�canographiques posent des contraintes particuli�res pour leur fabrication. Elles doivent respecter des normes de pr�cision pour �viter les bourrages dans divers types de machines et supporter parfois de nombreuses manipulations.


usine IBM � Endicott

usine Aussedat � la Plaine-St-Denis

Hollerith avait � l'orgine un fournisseur exclusif de papier Hollingworth & Withney. Cependant Racquette River Paper Co avait �t� s�lectionn� comme seconde source par le gouvernement am�ricain. Par contre, Hollerith (puis IBM) avaient d�cid� de r�aliser eux-m�mes l'impression et le fa�onnage des cartes perfor�es, industrialis�es sur des machines invent�es par Fred M. Carroll (1921).
Lorsque Bull s'implanta sur le march� fran�ais en 1931, ce fut avec l'assistance des Papeteries Aussedat qui investirent dans la fabrication des cartes � Cran-Gevrier (Savoie), sous licence Racquette, ainsi que dans le fa�onnage des cartes dans une usine de la Plaine Saint-Denis. Aussedat parvint � devenir fournisseur de IBM France dans les ann�es 1950.


 


Machines m�canographiques



L'organe principal au centre des ateliers de traitement m�canographique �tait la tabulatrice (tabulator en anglais, IBM utilisera aux USA en 1949 l'appellation Accounting Machine) capable de la lecture des cartes, de calculs simples et un peu plus tard d'une impression (s�lective) du contenu des cartes.


tabulatrice Hollerith (1902) avec alimentation automatique des cartes
d'apr�s http://www.columbia.edu/acis/history/af-tabulator.html

tabulatrice IBM-Dehomag D11 (1933)
cette machine a �t� stigmatis�e pour son usage par le gouvernement nazi pour ses recensements raciaux.

tabulatrice Bull BS120 (1948-1965)

tabulatrice IBM 407 Accounting Machine
(1949-1976)

Premi�re tabulatrice imprimante Powers (1921)

Cette photo et celle de gauche montrent la
tabulatrice-imprimante  Powers-Samas � fonctionnement m�canique.
Computer Science department at York University.

 

 

 

La seconde machine, � peu pr�s indispensable dans tous les ateliers, a �t� la trieuse de cartes (card sorter en anglais). Apr�s quelques versions aux cases de r�ception rang�es verticalement, la solution horizontale a �t� majoritairement retenue:


trieuse Bull E12 � l'atelier FEB de Massy
photo @Jean Bellec 2005

trieuse IBM 082 (1949) 650 cpm
photo IBM

Les trieuses les plus �conomiques (Bull E12, IBM080) sont dot�es d'une brosse de lecture r�duite � un balai sous lequel d�filent les cartes en parall�le (ligne des 9 d'abord).  Le champ de tri est r�duit � une colonne par passage. La carte lue sur une colonne est dirig�e vers une case de r�ception en fonction de la valeur contenue sur la colonne. Le tri alphab�tique demandait 2 passages.
D'autres trieuses, plus rapides, ont  des brosses comportant plusieurs doigts de lecture.

Une machine compl�mentaire a �t� l'interclasseuse (collator en anglais). Celle-ci remplace avantageusement plusieurs op�rations de tri pour fusionner deux fichiers.


interclasseuse IBM 077

sch�ma interclasseuse Bull

interclasseuse Bull (1940s)

Les fonctions de tri et bien entendu celles de saisie ( perforation) sont rest�es s�par�es de la tabulatrice. Par contre celle-ci s'est adjoint des dispositifs de perforation des cartes et de calcul (multiplication/ division).


tabulatrice Bull BS120 avec dispositif de perforation connect� (� droite)
(en cours de sa restauration par la FEB)


perforatrice connect�e IBM 523 gang summary punch  (1941)

Technologie des machines � cartes perfor�es:

La "programmation" des traitements m�canographiques d'avant l'ordinateur exigeait une connaissance des contraintes de temps pos�es par le fonctionnement m�canique des machines: plus que les relais, l'essentiel de la technologie relevait de roues et de cames et les op�rations devaient �tre synchronis�e avec ce qu'on appelait le cycle des machines. La fabrication et la r�paration des machines m�canographiques exigeaient des comp�tences du m�tier d'horlogerie ainsi que celles li�es aux automatismes � relais. Il est utile de se rappeler que l'horlogerie a pris une forme num�rique, par opposition avec les formes analogiques d�riv�es du clepsydre, avec les premiers m�canismes du pendule, utilis� dans les horloges,  invent� au XVII�me si�cle.


photo et sch�ma du totalisateur Bull
d'apr�s notice Bull 1962

L'essentiel de la technologie des tabulatrices �tait constitu�e de roues et de cames et d'embrayages. Cette technologie rangea les fabricants dans la cat�gorie machines de pr�cision. Outre les ph�nom�nes d'usure strictement m�canique, l'utilisation d'un courant relativement fort posa des probl�mes de parasitage dus aux rupteurs de fabrication d'impulsions. Les cames originelles durent �tre remplac�es par des cames accompagnantes diminuant l'intensit� du courant de rupture.

Elle �tait compl�t�e par des relais (d�riv�s de l'industrie du t�l�graphe). Ces relais appel�s alternatifs chez Bull servaient � r�orienter les signaux en fonction des conditions logiques. A titre d'exemple, les totalisateurs recevaient trois types de signaux (addition, soustraction et remise � z�ro). Initialement les relais commandaient simultan�ment plusieurs aiguillages, mais ces relais "t�l�phoniques" n�cessitaient des r�glages fr�quents et n'�taient pas enfichables.
Au cours des ann�es 1950, l'invention de petits relais � grande vitesse de commutation, � la consommation �lectrique diminu�e et � la fiabilit� am�lior�e a permis la construction de dispositifs plus �labor�s bas�s sur la prise en compte de l'alg�bre de Boole. Ces "petits relais" avaient l'avantage d'�tre �tanches et facilement interchangeables.
A la m�me �poque, � une partie de ces relais pouvaient se voir substituer des diodes � semi-conducteurs � la consommation et au volume encore plus r�duits.


relais "t�l�phoniques" (Bull)


relais � fil (IBM)
http://ed-thelen.org/1401Project/IBM-MiniRelay.html


petits relais (Bull)

A partir de la fin des ann�es 1940, des tubes �lectroniques firent leur entr�e sur des mat�riels de m�canographie sous la forme d'amplificateurs destin�s � reformater les signaux de lecture dans les machines rapides. Triodes et thyratrons furent utilis�s � cette fin sur les trieuses et les calculateurs.
 

Chemins de cartes

Les machines m�canographiques � cartes perfor�es font circuler m�caniquement les cartes sur une ou plusieurs pistes � une vitesse de 2 � 20 cartes par seconde. L'entrainement se fait des galets presseurs. La partie la plus d�licate est la gestion de la case d'alimentation (hopper en anglais). Les cartes sont pouss�es une � une par un "couteau" vers la piste. Ce couteau comme la lucarne d'entr�e de la piste doit respecter des tol�rances rigoureuse appropri�es � l'�paisseur de la carte, afin d'�viter un "bourrage". Le case de r�ception (stacker en anglais) est plus facile � r�aliser, encore faut-il minimiser les probl�mes d'�lectricit� statique g�n�r�e par le passage sur les galets.

Les chemins de cartes sont de complexit� variable: certaines machines disposent d'une capacit� d'interclassement donc de deux cases d'alimentation. La plupart des machines disposent d'au moins deux cases de r�ception (une case normale et une case "rebut") mais souvent davantage (treize pour les trieuses). Le nombre de postes de lecture ou de perforation est variable selon les machines; la distance entre deux postes permettant de faire des calculs plus longs sans arr�ter le d�roulement des cartes sur la piste. Les aiguillages sur le chemin de cartes sont command�s par des �lectro-aimants en fonction du "programme" d'application.
Pour le chemin de cartes des trieuses, jusqu'aux ann�es 1920, deux solutions �taient adopt�es par les constructeurs : la trieuse verticale o� les cases de r�ception �taient superpos�es, moins encombrante, mais d'op�ration moins commode et la trieuse horizontale qui finalement s'imposera.

M�canismes de Lecture

Le m�canisme initial utilis� par Hollerith sur sa tabulatrice �tait manuel et, on dirait aujourd'hui, en bloc (9 x 45 tiges qui formaient contact sur des points de mercure lorsque l'op�rateur abaissait le levier apr�s avoir introduit la carte

 

Plus tard, coexisteront deux modes de lecture des cartes perfor�es

La premi�re m�thode "ligne par ligne" fait d�filer les cartes devant l'organe de lecture qui re�oit � chaque "point" (chaque ligne de la carte) des impulsions (en cas de perforation) sur les 80 t�tes de lecture. La carte passe sous l'organe de lecture en douze "points" utiles. Ces impulsions sont ensuite transmises aux organes logiques (s�lections, totalisateurs, m�moires etc...).


m�canisme de lecture Bull


poste de lecture de la reproductrice Bull PRD

La seconde m�thode de d�filement en s�rie est comparable � la lecture sur bande magn�tique: les colonnes (les caract�res) sont explor�es successivement par les 10 ou le plus souvent les douze t�tes de lecture. Cette m�thode est utilis�e dans les v�rificatrices (qui comparant le caract�re frapp� au clavier avec les perforations de la carte) et les traductrices (qui impriment colonne par colonne au sommet de carte). Plus co�teuse en "logique" pour des tabulatrices, cette lecture s�rie sera plus r�pandue dans les p�riph�riques d'ordinateur.

Hollerith a d'abord utilis� une lecture simultan�e du contenu de la carte au moyen de tiges (aiguilles) descendant � travers les perforations de la carte vers un r�cipient de mercure. Ce m�canisme de lecture utilisait une introduction manuelle des cartes.
Les technologies de lecture utilis�es depuis 1900 jusqu'aux ann�es 1960 ont �t� des variantes de la brosse de lecture. Cette brosse a permis l'alimentation automatique des cartes dans les machines. Le passage � des trous rectangulaires avec la carte � 80 colonnes a exig� une augmentation de la sensibilit� de la m�moire de lectures L'option photo-�lectrique est survenue beaucoup plus tardivement.

 

M�canismes de Perforation


reproductrice 519 IBM
photo extraite de Wikipedia


poin�onneuse (perforatrice) Pasod Bull
FEB Massy photo Jean Bellec

Trois types de syst�mes de perforation ont �t� d�velopp�s et leurs avantages respectifs ont impos� leur coexistence:

M�canismes d'impression

Alors que le r�sultat des premi�res tabulatrices devait �tre relev� manuellement par l'op�rateur, le besoin se fit rapidement sentir de les transcrire automatiquement sur un dispositif d'impression. C'est Powers qui introduisit le premi�re imprimante num�rique en 1911. L'impression alphanum�rique n'arrivera qu'en 1921 chez British Powers et apr�s 1931 chez IBM; elle ne se g�n�ralisera qu'apr�s la seconde guerre mondiale.

Le papier des imprim�s m�canographiques �tait le plus souvent pr�-pli�, ce qui permettait d'imprimer de nombreux �tats cons�cutifs, mais n�cessitait souvent un poste de massicot (guillotine en anglais) derri�re l'imprimante.

Une caract�ristique g�n�rale des imprim�s m�canographiques est la pr�sence d'un entra�nement au moyen de perforations. Celles perfor�es � droite et � gauche du papier appel�s trous Carroll du nom de leur inventeur chez IBM introduit en 1933 des rames de papier de taille variable suivant les �tats et de commander la synchronisation de l'avancement (advance en anglais) du papier avec l'imprimante. Bull sur ses tabulatrices disposait d'un m�canisme moins souple avec une perforation sur le pli.


papier perfor�

liasse de papier listing

Ce sont les m�canismes d'impression qui ont constitu� la diff�rence essentielle entre les diff�rents mod�les de tabulatrices.

Les probl�mes techniques � r�soudre �taient:

Les dispositifs d'imprimantes diff�rent selon que la frappe des caract�res se fait "papier arr�t�" ou bien "au vol" (on the fly en anglais). Lorsque la vitesse d'impression �tait privil�gi�e, la seconde m�thode est le plus souvent choisie, malgr� la difficult� � faire une bonne impression.

De nombreuses variantes furent introduites sur les imprimantes. Elles pouvaient par exemple imprimer des caract�res alphanum�riques seulement sur certaines colonnes en diminuant le prix et pouvant acc�l�rer la vitesse d'impression sur certains types d'�tats. Deux m�canismes plus ou moins ind�pendants (selon le type de m�canisme  d'avancement du papier) permettaient d'imprimer deux �tats diff�rents simultan�ment, tirant parti de la largeur maximum de l'imprimante.

La solution rigoureusement parall�le dot�e d'un m�canisme par position d'imprimante (jusqu'� 160 par ligne) �tait simple mais augmentait notablement le prix. Les constructeurs ont d�velopp� des solutions, moins on�reuses mais plus lentes et plus compliqu�es, en partageant  un seul m�canisme entre deux ou quatre positions d'impression et en d�pla�ant horizontalement l'ensemble des m�canismes (m�canisme � navette) .

 

D'autres variantes de m�canismes d'impression furent �tudi�es en particulier chez IBM, mais ne trouv�rent de succ�s que dans des machines p�riph�riques: l'imprimante � boule (qui s'illustra sur les machines � �crire IBM Selectric), l'imprimante matricielle � aiguilles qui trouvera son march�  dans les micro-ordinateurs des ann�es 1970 (et d'abord sur les march�s asiatiques).

Il faut aussi noter les imprimantes strictement s�rie (caract�re par caract�re) d�riv�es des machines � �crire et utilis�s jusqu'aux ann�es 1960 dans des facturi�res. Elles ont fait leur apparition dans la m�canographie au moment o� sont apparus les premiers ordinateurs de gestion qui n'avaient plus besoin du synchronisme des tabulatrices.

Calcul

Les tabulatrices incorpor�rent d�s les ann�es 1910 (pour l'application de facturation dans les chemins de fer) la fonction d'addition, d�riv�e de la fonction comptage. Un premier perfectionnement fut apport� par IBM avec la remise � z�ro automatique des valeurs contenues  dans les totalisateurs [les premi�res machines disposaient d'une manivelle qui devait �tre tourn�e par l'op�rateur � cette fin].
Ce n'est que dans les ann�es 1920 que le m�canisme de soustraction fut introduit au moyen d'une addition par le compl�ment � 9...9 de la valeur � soustraire et � la mobilisation d'un accumulateur suppl�mentaire pour les quantit�s � compl�menter.

Par contre, la multiplication n�cessita l'ajout d'une unit� calculatrice (calculator en anglais) suppl�mentaire ayant �galement la fonction de perforatrice. L'addition se faisait par additions successives. Cette unit� �tait le plus souvent off-line par rapport � la tabulatrice (elle disposait de son propre lecteur et de son perforateur de cartes.
La calculatrice  pouvait aussi �tre connect�e � la tabulatrice. Les premi�res utilisations furent destin�es au calcul scientifique (IBM 601), mais d�s 1934, IBM Endicott (Stephen Dunwell) livrait en "sp�cial" (� la demande du laboratoire de Wallace Eckert de la Columbia University) un control switch interconnectant le multiplying punch avec la tabulatrice.

La technologie de calcul uniquement bas�e sur des relais, utilis�e dans les premiers ordinateurs des Bell Laboratories, ne fut utilis�e dans les calculatrices des machines m�canographiques que pour des applications militaires pendant la seconde guerre mondiale.


  IBM 601 Multiplying Punch (1931)

calculatrice �lectro-m�canique Bull C3 (vers 1950)

 
 

au second plan calculateur � relais IBM
( livr� � Aberdeen Proving Ground en 1944)

machine int�gr�e Samastronics (1949-1955)
 
     

Calculateurs �l�ctroniques

La disponibilit� de la technologie � tubes �lectroniques au cours des ann�es 1950 changea consid�rablement la situation: IBM introduisit la 604 unit� contenant de nombreux tubes �lectroniques utilis�s � la fois pour les  accumulateurs et les 4 op�rateurs arithm�tiques. La 604 introduisit le concept de modules interchangeables compos�s d'une double-triode et des r�sistances et condensateurs associ�s repr�sentant une position binaire. Un autre module � base d'une pentode compl�tait les circuits logiques.


partie �lectronique du calculateur IBM 603


IBM 604

En 1953, un arch�type de machines � calculer �lectroniques se trouvait �tre l'IBM 604 (de Tintin Objectif Lune �ditions Casterman)
 

Bull Gamma 3
FEB Angers photo J-L Gu�d�

Bull Gamma3 (ouvert)
ACONIT photo Jean Bellec
 

 

La Compagnie des Machines Bull (Bruno Leclerc, Henri Feissel, Pierre Chenus) con�ut une unit� calculatrice, le Gamma 3, beaucoup moins co�teuse que l'IBM 604 en recourant � la technologie de diodes au germanium en compl�ment d'un nombre beaucoup plus faible de tubes.
A l'instar des tabulatrices, le Gamma 3 recevra des options de m�moires compl�mentaires, introduisant ainsi la technologie des lignes � magn�tostriction dans la m�canographie.

 

Programmation

Les premi�res tabulatrices, comme le furent plus tard les premiers ordinateurs, �taient c�bl�es pour un traitement particulier.


tabulatrice Hollerith type III
photo MNRAS d'apr�s le site de
Columbia  University


exemple de sch�ma de tableau de connexions IBM (d'apr�s Ren� Rind 2007)

 Les tableaux de connexion amovibles furent l'occasion de rendre asynchrone le travail des personnes concevant et/ou r�alisant le c�blage (les programmeurs) et des op�rateurs op�rationnels et furent � l'origine du m�tier de programmeurs.


bo�te de connexions interchangeables Powers


tableau de connexion utilis� � l'atelier de restauration FEB � Massy
photo @Jean Bellec 2005

Le programme par cartes est un concept h�rit� du m�tier de Joseph Marie Jacquard a permit des op�rations beaucoup plus complexes que la s�quence de quelques op�rations �l�mentaires �tablies par le tableau de connexion.

Jacquard commandait son m�tier � tisser � l'aide d'un automate pilot� par une s�quence de cartes perfor�es attach�es entre elles.


vue du m�tier de Jacquard
mus�e Science & Industrie Manchester

d�tail du m�tier de Jacquard
mus�e des Arts et M�tiers Paris

Pour utiliser de machines � cartes perfor�es pour des travaux statistiques scientifiques, Northrop r�alisa le prototype du CPC (Card  Programmed Electronic Calculator) � partir d'un calculateur IBM 603 et d'une tabulatrice IBM 403. IBM commercialisa ce syst�me sur la base du calculateur IBM 604.


IBM CPC
d'apr�s Columbia University


d'apr�s Ren� Rind

 En partant du Gamma 3, Bull adoptera aussi le concept de la programmation par cartes (PPC).

Ensuite Bull d�veloppera une "Extension Tambour" contenant � la fois des donn�es de fichiers permanents ainsi que des programmes, r�alisant ainsi son premier syst�me d'architecture Von Neumann. Les contraintes de la programmation par cartes (maintien absolu de la s�quence d'un paquet de cartes, vitesse d'alimentation... �taient domin�es et le stockage des fichiers de donn�es sur tambour offrait une grande souplesse d'utilisation.
Ce type d'architecture est aussi celui de l'ordinateur moyen de gestion l'IBM 650.
Au del� de ce Gamma 3 ET dont le travail restait rythm� par les cycles de rotation de la tabulatrice, Bull en tirera un v�ritable ordinateur o� la tabulatrice (et sa perforatrice connect�e) se limitera aux fonctions p�riph�riques d'entr�es-sorties.

Saisie des informations

Saisie sur cartes perfor�es

Le premier mod�le de perforation de cartes perfor�es a �t� d�velopp� par Hollerith pour le Census Bureau en 1890. Il s'agit d'un "mod�le � pantographe"  o� l'op�ratrice positionne la perforation devant un mod�le et appuie ensuite pour perforer la carte. Cette m�thode convenait au recensement o� les champs �taient dispers�s sur l'�tendue de la carte.


photo US Census Bureau du poste de "saisie � pantographe"

L'importance des postes de saisie a �t� consid�rable durant toute la dur�e de la m�canographie. Rapidement, les machines individuelles utilis�es ont �t� �lectrom�caniques. Certaines restaient limit�es � des entr�es num�riques, d'autres un peu plus on�reuses pouvaient coder des champs alphanum�riques sur les cartes et �taient dot�es pour cela d'un clavier du type machine � �crire.
Des postes de travail compl�mentaires ont �t� cr��s: le plus important a �t� celui des v�rificatrices parce que la transcription des fiches manuscrites en cartes (la perforation) �tait � l'origine de la plupart des erreurs.
On notera aussi la persistance de machines purement m�caniques produites d�s les ann�es 1900 par IBM puis par Bull. Ces perforatrices capables de perforer tous les types de caract�res, � condition d'en connaitre le code, rest�rent utilis�es jusqu'� la fin des ann�es 1970.


extrait du brevet Hollerith 1901 (type 001)


perforatrice � main m�canique (IBM)

perforatrice alphanum�rique Bull 1940s

v�rificatrice purement num�rique Bull 1940s

On notera que les machines perforatrices ont �t� appel�es poin�onneuses en fran�ais chez Bull.

La saisie s'effectua longtemps par des op�ratrices, divis�es en perforatrices et en v�rificatrices, � partir de bordereaux d'entr�e, contenant des informations g�n�ralement manuscrites. Afin d'augmenter la productivit� de l'atelier de perforation, ces bordereaux �taient pr�-format�s sur des feuilles de papier o� chaque colonne �tait � perforer et devaient �tre remplis par les services producteurs de mani�re lisible en caract�res majuscules tels qu'inscrits sur le clavier de la perforatrice.
Plus tard, certaines applications utilis�rent des cartes imprim�es et partiellement perfor�es et o� les perforations de certaines colonnes �taient � remplir par le service producteur au moyen du noircissement par un crayon laissant une marque de graphite conductrice du courant. Ces cartes devaient �tre lues par des lecteurs sp�cialement �quip�s comme des photo-lecteurs appropri�s.
L'inscription en clair du contenu de la carte peut �tre faite dans l'atelier de traitement (par  une machine sp�cialis�e appel�e traductrice) ou dans l'atelier de saisie o� la perforatrice est dot�e d'un diapositif sp�cial d'impression sur le sommet de la carte. IBM a introduit d�s 1949 un tel dispositif d'impression, tandis que Bull attendu pr�s de 20 ans pour disposer d'une telle imprimante.


IBM 026 Key Punch (1949)


perforatrice de cartes Bull P112 (1969)

Les perforatrices les plus r�centes �taient dot�es d'un m�canisme de programmation commandant automatiquement les instructions de tabulation et de saut. Le m�canisme utilis� �tait chez IBM (029) et chez Bull (P112) celui d'une carte sp�cifique pr�-perfor�e tournant dans un tambour synchronis� avec l'avancement de la carte � perforer.


tambour de programmation de l'IBM 029

Saisie sur bandes perfor�es

La saisie sur bandes perfor�es fut r�alis�es sur des Teletypes, des facturi�res ou sur des machines d�riv�es des machines � �crire (Friden Flexowriter, Facit, Olivetti)


Teletype 33 ASR

Friden Flexowriter
   

IBM r�alisa en 1941 un convertisseur bande/carte pour les besoins de l'US Army. La conversion de code �tait faite par des circuits � relais.


IBM 040 Tape controlled card punch (1941)

Saisie sur media magn�tiques

Avec l'arriv�e de l'ordinateur, les constructeurs cherch�rent � trouver les solutions pour contourner les contraintes pos�es par les "decks" de cartes perfor�es.
Une premi�re approche introduite par Univac fut de r�aliser un poste de saisie �crivant directement sur des bandes Unityper utilis�s par l'ordinateur. Le co�t d'une telle approche remit rapidement en vogue la carte perfor�e. A partir de 1964, l'id�e d'un media interm�diaire (cartouches magn�tiques, keytape, cassette type audio Philips, puis diskettes 8 pouces puis 5"1/4 ) se r�pandit. Des constructeurs non li�es � l'industrie de la carte (Mohawk Data Systems, Honeywell) introduisirent ce type de concurrent � la carte perfor�e et d'autres les suivirent dans les ann�es 1970. Les fondateurs de MDS Mohawk �taient des transfuges de Univac qui s'efforc�rent de percer le march� avec le Data Recorder.


Univac Unityper
d'apr�s notice Univac II

syst�me Mohawk 2400 de saisie
d'apr�s notice Mohawk

encodeur CII-HB KDS7255 sur diskette 8 pouces (1981)
d'apr�s photo FEB Belgique
 

 

Machines annexes

Des machines annexes, fr�quemment utilis�es, mais non indispensables � la logique des traitements m�canographiques, compl�tent l'ensemble de machines d�crites ci-dessus:

Reproductrice

La reproductrice (reproducer en anglais) est un lecteur/perforateur de cartes permettant de copier (dupliquer) un fichier de cartes (� l'identique ou de mani�re s�lective) La s�lection se fait � l'aide d'un panneau de connexion.


reproductrice IBM 519 (1949)

Bull PRD

Interpr�teuse

Cette machine permet d'imprimer sur la carte son contenu. Elle est indispensable lorsque les cartes (perfor�es par une machine d�pourvue de ce dispositif sont destin�es � une utilisation ult�rieure par des �tres humains et elle reste utile pour permettre un interclassement manuel de petites portions de fichiers (en cas de chute d'un paquet de cartes, par exemple). Dans les ann�es 1960 se g�n�ralis�rent des dispositifs d'impression s�rie faisant directement partie du mat�riel de saisie (ex: Bull P112)


IBM 557 interpreter

traductrice Bull
photo @2005 Jean Bellec

M�canographie et Ordinateurs

L'extension de la technologie des cartes perfor�es � des applications de calcul pur n�cessitant de nombreuses donn�es (statistiques, astronomie, balistique) a entra�n� l'adoption des machines m�canographiques IBM comme p�riph�riques des grosses calculatrices scientifiques comme des premiers ordinateurs �lectroniques.


ordinateur IBM 650
photo IBM archive

Si la symbiose de la m�canographie avec ce qui s'appellera plus tard l'informatique s'est d'abord r�alis�e via l'utilisation des cartes perfor�es dans les calculateurs �lectroniques (ASCC, ENIAC...), le calculateurs �lectronique se pr�sentait au d�but des ann�es 1950 comme un candidat au remplacement des calculatrices �lectrom�caniques, de technologie analogue aux tabulatrices et qui ralentissaient les ateliers d�s que le calcul exigeait des multiplications (ex: calcul des taxes sur une carte mouvement).

Aux embryons de programmes c�bl�s au moyen des tableaux de connexion, se substitua, d'abord pour des applications scientifiques, la programmation par cartes (PPC) ou par bandes perfor�es. Enfin vers la fin des ann�es 1950, le mod�le de Von Neumann (m�moire centrale contenant donn�es de travail et m�moire des programmes) d'un ordinateur pilotant la totalit� de la gestion de l'application s'imposa aussi dans la m�canographie.

Une �volution technologique importante, contemporaine de l'introduction de l'ordinateur � la fin des ann�es 1950, a �t� l'utilisation de supports magn�tiques pour ma constitution des fichiers � la place des bacs de cartes perfor�es.


UNIVAC Mk I 1951

Outre le fait que changement de support am�liorait largement les performances, le volume des fichiers devenait moins contraignant et il devenait possible de consolider les donn�es entre plusieurs ateliers de la m�me entreprise ou d'une entreprise � une administration ou une banque. Les processus de traitement par lots (batch processing) sont assez longtemps �t� inchang�s, reposant toujours sur la saisie sur un support lisible par l'ordinateur qui est rest�e majoritairement la carte perfor�e (accessoirement la bande perfor�e ou diff�rents types de supports magn�tiques amovibles) par des op�rateurs (le plus souvent des op�ratrices) de saisie � partir de documents manuscrits pr�-format�s. Les fichiers permanents et les journaux d'op�rations furent alors stock�s sur bande (ou disque) magn�tique.

Une des caract�ristiques des ateliers m�canographiques �tait la possibilit� de cro�tre par simple addition de machines suppl�mentaires. Cette croissance par addition ne pouvait qu'�tre favorable aux constructeurs car elle p�rennisait la dur�e de location des machines en parc et allongeait leurs s�ries de fabrication. Par contre pour l'utilisateur, cette croissance horizontale par addition se traduisait par des co�ts de main d'�uvre proportionnels et des probl�mes de m�. Aussi, il �tait in�vitable qu'une pression s'exer�ait sur les fournisseurs pour fournir des machines plus rapides.

Cependant, la vitesses de celles-ci �tait rest�e en 1950 du m�me ordre de grandeur que pendant les ann�es 1930 (de 100 � 150 cartes par minutes). Les constructeurs, et notamment la Compagnie des Machines Bull, annonc�rent � la fin des ann�es 1950 des machines � cartes plus rapides (300 cpm) qui devaient avoir presque obligatoirement comme cons�quence le risque de "ferraillage" d'une partie cons�quente du parc.
Par ailleurs, les inventeurs de syst�mes m�canographiques s'ing�ni�rent � perfectionner leurs machines dans le sens d'une centralisation sur un m�me syst�me int�gr�. Deux approches furent lanc�es simultan�ment � la Compagnie des Machines Bull:

Il semble que la direction de la compagnie n'ait pas pes� toutes les cons�quences �conomiques de cette strat�gie technique.


Bull s�rie 300

IBM 1401 � cartes

Les diff�rents laboratoires de IBM s'efforc�rent aussi de trouver une solution. Le laboratoire allemand de Boeblingen chercha � d�velopper une s�rie 3000 bas�e sur une machine multifonctions � cartes plus petites, donc un encombrement et un co�t plus r�duit. Celui de Endicott reprit une  sp�cification fran�aise (projet WWAM) qui s'inqui�tait de la popularit� des syst�mes Bull Gamma 3 et Gamma ET. Ce projet qui fut couronn� de succ�s, et IBM d�veloppa un ordinateur moyen, le IBM 1401 dont la partie cartes/imprimante n'�tait que progressivement am�lior�e et dont le prix le rendait accessible � de nombreux clients. La 1401 n'imposait pas de passer imm�diatement aux bandes magn�tiques et ne n�cessitait pas l'int�gration (ni donc une nouvelle analyse) des applications.

La r�ponse de Bull � la 1401 fut tardive. Le RCA 301 � bandes introduit en 1961 sous le nom de Gamma 30 ne couvrait que le haut de gamme de la 1401. Le GE-115 d'origine Olivetti ne fut introduit qu'en 1964, et eut � concurrencer les machines d'entr�e de la s�rie 360 de IBM.
Cependant, Bull, qui avait r�ussi � vendre ses appareils � cartes en OEM aux Etats-Unis, mit aussi au point un syst�me int�gr� moins ambitieux que la s�rie 300:  ce fut le Gamma 10 vendu � plus de 1000 exemplaires entre 1963 et 1968. Cette machine �tait un ordinateur contr�lant gr�ce � un programme enregistr� un lecteur/perforateur de cartes et une imprimante, le tout travaillant � 300 cpm.


unit� centrale et lecteur/perforateur du Bull-GE Gamma 10


Univac 1004 (aussi vendue par ICT)

ordinateur GE-115 d'origine Olivetti

IBM Deutschland poursuivit le d�veloppement de solutions � cartes perfor�es pour les petites entreprises avec le S/360 mod 20 avec une MultiFunction Card Machine, tandis que le laboratoire de Rochester inventait le System 3 avec la petite carte � 96 colonnes.


IBM 360/20 et la MFCM 80 colonnes � droite

IBM System 3 et sa MFCU 96 colonnes
d'apr�s photo Bolo Museum

Machines comptables

Une autre branche des machines � traiter l'information est n�e aussi � la fin du 19�me si�cle: celle des machines comptables d�riv�es des "machines � calculer" qui ont elles �taient invent�es bien avant avec, entre autres, la Pascaline.


Blaise Pascal (1650)
photographie exemplaire Arts et M�tiers Paris

Cette branche diff�re de la m�canographie de part le traitement presque imm�diat de l'information. L'op�rateur (trice) effectue lui-m�me tout le travail au moment o� le client termine sa transaction. L'op�ration est essentiellement le calcul du montant de la transaction portant sur un groupe d'objets. Ce calcul est essentiellement une addition mais peut-�tre rendu plus complexe par la pr�sence de remises ou de taxes plus ou moins proportionnelles aux montants.


machine Burroughs class1 mod9

 

Les premi�res machines comptables fabriqu�es en s�rie ont �t� am�ricaines: (Burroughs, National Cash Register, Monroe, Smith-Corona Marchant, Singer ). De nombreux constructeurs europ�ens sont entr�s sur ce march� (Hermes, Olivetti, Facit..). Une partie de ces constructeurs disparut dans des groupes plus g�n�ralistes incluant le march� des machines � �crire (qui ne dispara�tra qu'� la fin des ann�es 1980 dans celui du micro-ordinateur). D'autres �volu�rent vers l'informatique soit comme constructeur (Burroughs) soit comme fabricant de p�riph�riques.

Les machines comptables ne poss�daient en g�n�ral que d'un ou au maximum de deux accumulateurs. Elles ont rapidement �t� dot�es d'une impression pour fabrication du "ticket de caisse". La consolidation des r�sultats pouvait se faire manuellement d'apr�s le bordereau contenant le double des tickets (ou d'apr�s une impression sp�cialis�e). Avec la disponibilit� de la technologie de la bande perfor�e, invent�e pour le besoin du t�l�graphe, il �tait possible de perforer ce bordereau sur une bande qui �tait exploit�e s�par�ment. Afin d'harmoniser les traitements par lots de la m�canographie, des machines de conversion entre bandes et cartes perfor�es sont apparues sur le march�. Avec l'introduction de l'ordinateur dans les ann�es 1950, d'autres constructeurs ont d�velopp� des machines traitant sp�cifiquement les bandes perfor�es.

Les machines comptables se sont perfectionn�es en rempla�ant la bande perfor�e par des cassettes magn�tiques, en permettant une connexion � un service central de consolidation -leur donnant le r�le de terminaux- et surtout en leur connectant des dispositifs de lecture automatiques d'�tiquettes (code barre ou �tiquette magn�tique) de plus en plus perfectionn�s. Elles sont maintenant en train d'incorporer des dispositifs de lecture sans vue directe (RFID)

Mais les machines ont elles aussi �volu�. Le Gamma 5 introduit par Bull-General Electric en 1965 est l'une des formes les plus avanc�es de cette �volution en permettant d'int�grer la totalit� des fonctions d'une machine de traitement de l'information dans le poste de travail. Les fichiers permanents se trouvant sur un tambour sont mis � jour � partir d'un clavier alphanum�rique. La consolidation entre plusieurs machines se fera � travers la fonction de perforation de cartes.
Cette approche qui se g�n�ralisera avec l'utilisation du micro-ordinateur personnel � des fins comptables �tait peut-�tre un peu pr�matur�e pour des raisons de co�ts (la machine comportait le mat�riel d'une perforatrice de cartes, d'un tambour magn�tique et d'une imprimante s�rie par caract�res). Aussi la ligne des GE-55, GE-58, Level 61 de Bull a �volu� vers des petits ordinateurs plus classiques.


 mini-ordinateur de gestion GE-55 (1965)
d'apr�s FEB Belgique

 

Aspects Sociaux du travail m�canographique

La m�canographie �tait un travail en s�rie � des fr�quences r�guli�res (de la d�cennie -cas des recensements-  � la journ�e -cas de la mise � jour des comptes bancaires).  Son adoption dans les entreprises a contribu� � la rigueur des comptabilit�s, � la r�gularit� des approvisionnements et � la taylorisation des m�tiers  de "cols blancs", encore que les personnes travaillant dans les ateliers portaient plus souvent des blouses grises ou bleues. Les ann�es 1950 ont vu la plupart des entreprises � l'exception des plus petites adopter la m�canographie pour leur comptabilit�, la gestion de leur stocks, la paye du personnel.


atelier de perforation
d'apr�s Alain Lesseur


atelier de perforation � Bull Belfort
photo Bull

 


atelier s�rie 150 � Bull Belfort

Les m�tiers de la m�canographie se sont codifi�s au cours des ann�es 1960 � un moment o� planait sur eux une mutation importante. Les grands ateliers de perforation allaient devenir des "call centers" directement connect�s � l'ordinateur. Les utilisateurs finaux, reli�s � l'informatique m�canographique par la r�daction des bordereaux de saisie et par la lecture de certains �tats imprim�s, effectueront ce travail en continu (en temps r�el).


call center 2000



La philosophie de la programmation �tait en train de passer du piquage des tableaux de connections � l'�criture de programmes pour l'ordinateur.
Les analystes persist�rent pendant une d�cennie � d�velopper des organigrammes directement inspir�s de la m�canographie, mais progressivement la n�cessit� d'une description plus formelle des donn�es � traiter et l'augmentation de la complexit� des traitements laiss�rent la place � une conception plus int�gr�e des programmes, tout en structurant plus rigoureusement les programmes. On notera que la m�canographie aura inspir� les langages de programmation du type Report Program Generator qui lui survivront de plusieurs d�cennies.

Les op�rateurs conserv�rent le m�me type de travail que dans les ateliers m�canographiques, tant que des cartes perfor�es restaient � manipuler (typiquement jusque 1980), d'autres op�rateurs (ou les m�mes) eurent � g�rer les supports magn�tiques interchangeables (bandes et disc packs) jusqu'� ce que les informations restent essentiellement en ligne de mani�re permanente.

 

Fin de la m�canographie et passage au traitement de l'information en temps r�el

Ce n'est qu'avec l'av�nement des disques magn�tiques et d'un logiciel de gestion transactionnelle et de bases de donn�es qu'� partir de 1965, que s'imposera progressivement le passage  d'une entreprise tayloris�e autour d'un processus batch de gestion � une entreprise fonctionnant en temps r�el autour de ses processus naturels. L'amorce de ce passage s'est d'abord manifest�e dans les tr�s gros syst�mes de gestion de stocks fugitifs (r�servation a�rienne). D�s 1962, �tait mis en service le syst�me SABRE chez American Airlines. Les machines de l'�poque (IBM 7090) n'�taient que moyennement adapt�es � ce traitement, les postes d'op�rateur � base de machines � �crire pas tr�s �conomiques, mais l'exp�rience portera ses fruits et � la fin des ann�es 1980, la mutation �tait d�finitivement faite.

On notera enfin pour la petite histoire que les cartes perfor�es traditionnelles �taient encore utilis�es dans les machines � voter en 2000 et la lecture de leurs perforations (chad) a �t� source de pol�miques en Floride.

 

Les machines comptables autonomes ont progressivement laiss� la place � des syst�mes informatiques centralis� et d'un poste de travail bas� sur un ordinateur personnel assist� de dispositifs sp�cifiques :

R�f�rences:

IBM Early Computers MIT Press
ICL a business and technical history by Martin Campbell-Kelly Clarendon Press 1955
http://en.wikipedia.org/wiki/Tabulating_machine
Pour machines Bull m�canographiques, se r�f�rer � http://www.feb-patrimoine.com/projet/index.htm
Pour la chronologie de IBM voir http://www-03.ibm.com/ibm/history/history/decade_1900.html

� 2006-2007 Jean Bellec